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ABX464, une nouvelle molécule prometteuse pour lutter contre le Covid-19

"Il s'agit d'un médicament administré une fois par jour par voie orale sous forme d'une petite gélule", explique le Dr Philippe Pouletty, président du Conseil d'administration d'Abivax

Ses propriétés anti-inflammatoires, antivirales et de réparation des tissus seront testées dans les semaines qui viennent sur un millier de patients.

Alors que la recherche d'un traitement efficace contre le Covid-19 se poursuit, l'ANSM vient d'autoriser le lancement d'un nouvel essai clinique. Baptisé miRAGE, celui-ci vise à tester l'efficacité d'une nouvelle molécule - l'ABX464 - sur 1 000 patients dans une cinquantaine d'établissements situés en France et dans d'autres pays européens. En cours de discussion avec la BPI pour un soutien financier, l'opération se distingue des autres essais par son ampleur mais aussi en raison d'un triple effet positif attendu sur les malades.

"Il s'agit d'un médicament administré une fois par jour par voie orale sous forme d'une petite gélule", explique le Dr Philippe Pouletty, président du Conseil d'administration d'Abivax, la société de biotechnologie à l'origine de la molécule, créée par Truffle Capital. L'ABX464 réduit d'abord de manière efficace la concentration des cytokines, ces messagers intercellulaires qui activent les réactions inflammatoires. Administré à des patients souffrant d'une rectocolite hémorragique, une autre maladie inflammatoire, le médicament a déjà obtenu des résultats probants.

"Dans les cas de forme sévère de cette pathologie, nous avons montré qu'au bout de quelques semaines et de manière durable, il y avait une proportion de patients entrant en rémission clinique plus importante qu'avec des médicaments classiques", détaille Philippe Pouletty. L'idée est maintenant de tester la molécule chez les personnes atteintes par le Covid-19. Car dans les deux maladies, une hyper-inflammation se développe. Par ailleurs, les cellules et médiateurs impliquées dans ce mécanisme - et notamment les cytokines - sont les mêmes.

"Etant donné la gravité de ce que nous observons sur le terrain, l'aspect antiinflammatoire de la molécule justifie à lui seul un essai clinique", commente Jean Luc Dielh, Chef de service médecine intensive réanimation à l'hôpital européen Georges Pompidou, l'un des établissements retenus pour l'essai. "L'ABX464 est capable, contrairement à d'autres molécules, de freiner la production de plusieurs cytokines", ajoute Philippe Pouletty.
"Un avantage de taille : calmer l'orage cytokinique chez les patients atteints par le Covid-19 revient en quelque sorte à tenter de freiner un camion de 30 tonnes sur l'autoroute. Pour y parvenir, mieux vaut agir sur un maximum de roues plutôt que de compter uniquement sur celles de devant".

Une possible réparation des tissus

Au-delà des effets anti-inflammatoires, l'essai miR-AGE pourrait mettre en avant deux autres propriétés bénéfiques pour les patients. "Dans le laboratoire du Dr Manuel Rosa-Calatrava à Lyon, nous avons montré un puissant effet antiviral au cours des trois dernières semaines", assure Philippe Pouletty. Les résultats de ces travaux ne sont pas encore publiés, mais ils pourraient faire de l'ABX464 un concurrent potentiel à la fois des anti-IL6 et du Remdesivir. A un détail important près : "Nos résultats anti-viraux ont été obtenus à l'aide d'un modèle d'épithélium respiratoire humain, dans des conditions qui se rapprochent donc le plus possible de ce que pourrait être la réplication virale chez un patient", détaille Philippe Pouletty.

L'ABX464 pourrait également induire une réparation des tissus pulmonaires abîmés par le Covid-19. Jusqu'ici, aucun traitement n'a mis en évidence un tel phénomène. "Il faut être prudent", explique Philippe Pouletty. "Pour l'heure, nous avons observé cet effet dans des modèles d'inflammation intestinale chez la souris et sur des malades humains atteints de rectocolite hémorragique. Chez ces derniers, la muqueuse retrouvait son aspect d'origine au bout de quelques semaines. Cela fonctionnera-t-il dans le cadre du Covid-19 ? C'est une des questions que pose l'essai. Nous n'avons ni la preuve, ni la réponse", commente l'expert. "La réparation tissulaire est un enjeu majeur. Mais il est bien trop tôt pour s'emballer. Nous avons d'abord une évaluation à mener", confirme Jean Luc Dielh.

Les premiers patients pourraient être recrutés fin mai ou début juin. Leur profil ? Des malades à risque en raison de leur âge (plus de 65 ans) ou de facteurs aggravants (hypertension, diabète, obésité, antécédents cardiaques). "L'idée est de démarrer le traitement dans les 48 heures suivant le diagnostic, c'est-à-dire avant que l'orage de cytokines ne survienne, ou avant que la réplication virale ne soit trop intense", explique Jean Luc Dielh. Les résultats, eux, ne seront pas connus avant plusieurs mois. "Sur la période récente, plusieurs communications ne satisfaisaient pas aux canons de la recherche scientifique. Nous avons bâti une étude solide sur un plan méthodologique, pour justement éviter cet écueil", justifie Philippe Pouletty. La logistique lourde de l'essai n'empêche cependant pas l'expert de se projeter dans l'étape d'après. "Nous avons en stock aujourd'hui de quoi traiter 50 000 patients pendant trente jours. C'est bien plus que ce dont nous avons besoin pour l'essai clinique miR-AGE. En l'espace de six mois, nous pourrions monter à environ un million de patients avec nos sous-traitants actuels".

A condition bien sûr, que la molécule tienne ses promesses.