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BioMedTech Communiqué de presse

Covid-19: la recherche sur les traitements aussi importante que celle sur les vaccins (Philippe Pouletty)

La biotech française Abivax, qui vient de lever 28 millions d'euros via une augmentation de capital, développe une molécule qu'elle espère prometteuse pour traiter les malades du Covid-19. son Son président Philippe Pouletty, également cofondateur du fonds d'investissement Truffle Capital, estime qu'il ne faut pas tout miser sur les vaccins, dans un entretien à l'AFP.

Question: Pour vous, la recherche d'un traitement est-elle aussi importante que celle sur les vaccins?

R: Les gens parient sur un vaccin, mais à ce stade c'est un pari incertain. Notamment car il n'est pas sûr que l'immunité, c'est-à-dire les anticorps produits soit par le virus lui-même, soit par les vaccins, soit durablement protectrice. Pour beaucoup de maladies virales, comme l'herpès ou le VIH, ce sont avant tout des médicaments contre le virus qui ont connu le succès. On n'a toujours aucun vaccin dans le VIH malgré des efforts considérables, alors que les malades traités par médicaments ne meurent plus. Par ailleurs, en termes de bénéfices/risques, on peut tolérer des effets secondaires pour un médicament pour traiter les malades infectés. Pour un vaccin, on ne peut pas accepter d'effet secondaire. Ce n'est pas l'un contre l'autre. Mais si on regarde l'historique de développement de médicaments ou de vaccins dans les maladies virales, les médicaments ont eu un taux de succès en recherche et développement supérieur au taux de succès dans les vaccins.

Q: Vous avez reçu un financement de 36 millions d'euros de la banque publique d'investissement pour un essai dans le traitement du Covid-19 de votre molécule ABX464, initialement développée dans d'autres indications. Pourtant, cette molécule n'est pas encore mise sur le marché.

R: Si vous prenez seulement les molécules qui sont sur le marché pour traiter le Covid, vous n'avez pas grand chose: les espoirs pour le traiter efficacement viennent surtout de produits en développement. ABX 464 a trois propriétés. Une activité anti-inflammatoire qui cible les différentes cytokines (des protéines, NDLR) impliquées dans l'orage cytokinique du Covid (surinflammation de l'organisme due au virus, NDLR). Deuxièmement, une activité antivirale. Et enfin, il promeut la réparation tissulaire. Ces trois propriétés, plus le fait qu'il peut être administré une fois par jour par voie orale, nous ont fait dire que cela devait être une molécule évaluée prioritairement pour le Covid-19. Même si on reste très prudents, nous verrons les résultats de l'essai sur 1.034 patients pour savoir si oui ou non ces propriétés se transforment en bénéfices cliniques chez les malades à haut risques. Nous avons démarré la phase de l'essai clinique 2b/3. L'objectif est de terminer l'essai au début de 2021 avec des résultats possibles au premier trimestre 2021. Si les résultats cliniques le confirment, on sera en position en 2021 de produire des médicaments pour plusieurs millions de malades. Comme c'est une petite molécule de synthèse, le cycle de production est assez rapide. C'est l'un des gros bénéfices: la production de masse n'est pas un obstacle majeur.

Q: Le gouvernement a annoncé plusieurs mesures pour aider à la relocalisation de certaines molécules, cela va dans le bon sens?

R: Le sujet n'est pas tant la fabrication locale, mais l'innovation. Cela doit être la priorité, plutôt que de dire qu'il faut fabriquer du paracétamol à Montceau-les-Mines. L'innovation coûte plus cher, mais elle a une valeur plus importante. L'Europe reste très loin derrière les États-Unis en termes de biotechnologies et de dispositifs médicaux. Il ne suffit pas de faire des déclarations. Il faut s'intéresser à la fabrication, mais c'est le petit bout du sujet. Ce qui permet d'éradiquer des nouvelles maladies ou de faire des progrès en santé, c'est d'abord la recherche et développement.